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Les réfugiés syriens heureux de retrouver leur terre malgré le chaos

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Les réfugiés syriens heureux de retrouver leur terre malgré le chaos

Malgré son retour dans sa maison endommagée et l'absence de services publics, Ibtihal, ancienne réfugiée, garde espoir. Mais un soutien international accru est nécessaire pour répondre aux besoins humanitaires des populations et permettre un redressement durable de la Syrie.
26 Février 2025
Ibtihal (au centre), Abu Abbas (à droite) et Omar (à gauche), anciens réfugiés, devant leur maison endommagée par les bombardements dans le gouvernorat de Deraa, dans le sud de la Syrie.

Ibtihal (au centre), Abu Abbas (à droite) et Omar (à gauche), anciens réfugiés, devant leur maison endommagée par les bombardements dans le gouvernorat de Deraa, dans le sud de la Syrie.

Assise dans le salon de leur maison endommagée par les bombardements dans la ville de Cheikh Miskeen, dans le gouvernorat de Deraa, au sud de la Syrie, Ibtihal, 52 ans, décrit l'émotion qu'elle a ressentie il y a trois semaines lorsqu'elle et son mari ont finalement pu rentrer en Syrie après avoir vécu une douzaine d'années en Jordanie en tant que réfugiés syriens.

 

« Quand je suis arrivée à la frontière, j'étais émue et folle de joie. Je me suis mise à pleurer », confie Ibtihal. « J'étais si heureuse et enthousiaste à l'idée de rentrer... Cela faisait 12 ans que je n'avais pas vu mon pays ni ma famille. »

Éloignée de son foyer et de ses proches pendant si longtemps, Ibtihal se remémore certains des événements marquants qui se sont produits pendant sa longue absence. « Imaginez, mon père est décédé pendant que j'étais là-bas [en Jordanie], et mon neveu a été tué par des bombardements. »

L'émotion du retour a rapidement fait place à des préoccupations plus pratiques lorsqu'ils ont découvert les conditions difficiles auxquelles ils étaient désormais confrontés, ainsi que leur pays dans son ensemble. Leur maison a été partiellement détruite par les bombardements pendant le conflit. Ils ont trouvé les portes et les fenêtres arrachées, le toit endommagé et aucun accès à l'électricité ou à l'eau courante. Même le carrelage qu'Abu Abbas, carreleur de métier, avait posé avait été emporté par les pillards.

« Quand j'ai retrouvé ma maison, elle était en ruines », se lamente Ibtihal. « La vie est vraiment dure, il nous manque même le strict nécessaire. Les égouts sont bouchés, et je ne peux même pas gérer les choses les plus simples. Je n'ai pas les moyens de réparer quoi que ce soit. Mon mari cherche du travail pour que nous puissions reconstruire notre maison petit à petit. »

« J'ai été consternée par l'état du pays », poursuit-elle. « Les conditions de vie des gens sont déplorables, ils ont à peine le strict nécessaire. Si Dieu le veut, on reconstruira un jour ce pays. J'ai une grande foi en Dieu et je crois que la Syrie redeviendra ce qu'elle était, qu'elle sera à nouveau debout. »

Le couple a fondé sa décision de rentrer non seulement sur le fait que c'était enfin devenu possible après le départ du gouvernement Assad, mais aussi parce que la vie en Jordanie était devenue difficile. Le mari, Abu Abbas, avait du mal à trouver du travail. Ils font partie des plus de 270 000 réfugiés syriens qui sont rentrés au pays depuis les événements de début décembre.

Dans la dernière enquête menée auprès des réfugiés syriens dans la région, 27 % des personnes interrogées ont déclaré au HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, qu'elles avaient l'intention de rentrer chez elles dans les 12 prochains mois, soit une forte augmentation par rapport aux 1,7 % seulement qui avaient exprimé la même intention avant la chute du régime.

Malgré un désir croissant de retour, les résultats de l'enquête suggèrent qu'environ trois quarts des réfugiés syriens n'ont actuellement pas l'intention de rentrer chez eux dans l'année à venir et attendent de voir comment la situation va évoluer. Il y a actuellement 5,5 millions de réfugiés syriens en Türkiye, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte.

Obstacles au retour

Selon les personnes interrogées, les facteurs qui empêchent actuellement les réfugiés de rentrer chez eux sont le manque de logements ou l'impossibilité d'accéder à leur propriété, les inquiétudes liées à la situation sécuritaire, le manque de services publics essentiels et les difficultés économiques, notamment le manque d'emplois.

Ces préoccupations sont confirmées par les immenses besoins auxquels sont actuellement confrontés les réfugiés qui rentrent chez eux, dans un contexte de crise humanitaire plus large qui frappe la Syrie après des années de conflit et de troubles économiques. Avec de nombreuses maisons abîmées ou détruites et des services de santé, d'eau et d'électricité qui ne fonctionnent plus, des millions de personnes à travers le pays luttent actuellement pour résister aux températures hivernales.

Celles et ceux qui sont rentrés affirment qu'une aide humanitaire et financière est essentielle pour les aider à reconstruire leur vie en attendant de trouver une source de revenus stable.

Le HCR et ses partenaires, principalement des ONG syriennes, fournissent aux rapatriés et aux autres personnes dans le besoin des articles ménagers de base, effectuent des réparations sur leurs habitations endommagées, leur fournissent une aide financière d'urgence, les aident à remplacer leurs documents d'identité perdus et leur offrent un soutien psychologique, entre autres services.

Mais les besoins dépassant de loin les ressources disponibles, le HCR exhorte la communauté internationale à accroître son soutien. Le 13 février, Paris accueillera une réunion des représentants des gouvernements et des pays donateurs pour discuter du soutien international à la Syrie dans la transition post-Assad.

Des Syriens font leurs courses sur un marché dans la ville de Deraa, dans le sud du pays.

Des Syriens font leurs courses sur un marché dans la ville de Deraa, dans le sud du pays.

« Lorsque les réfugiés rentrent chez eux, ils ont souvent du mal à gagner leur vie et deviennent trop souvent dépendants de l'aide humanitaire, ce qu'ils ne souhaitent pas. Ils veulent subvenir à leurs besoins. Il ne s'agit donc pas seulement d'une question économique, mais aussi de dignité », indique Gonzalo Vargas Llosa, Représentant du HCR en Syrie.

« Sans un soutien international sous la forme d'une aide humanitaire accrue et d'activités de relèvement et de reconstruction rapides, les réfugiés rapatriés ne pourront pas reconstruire leur vie en Syrie et de nombreux autres réfugiés dans la région et au-delà ne pourront pas rentrer chez eux. Le risque est que leur espoir laisse place à la déception et à la frustration, et nous devons donc faire beaucoup bien davantage, et vite », ajoute-t-il.

Si Abu Abbas a désormais trouvé du travail dans le bâtiment et a commencé à remettre leur maison en état, la famille doit encore surmonter de nombreux obstacles. L'année dernière, en Jordanie, Ibtihal a été traitée pour un cancer, mais les services de santé de la ville voisine de Deraa sont très limités en raison d'un manque d'équipements, de personnel et de médicaments.

Abu Abbas a commencé à restaurer la maison familiale, endommagée par les bombardements

Abu Abbas a commencé à restaurer la maison familiale, endommagée par les bombardements 

« Il faut aller à Damas, mais le coût du voyage est bien trop élevé et je n'en ai tout simplement pas les moyens », explique-t-elle. « Si vous voulez consulter un médecin spécialiste là-bas, il faut débourser 150 000 livres syriennes (11,5 dollars) rien que pour la consultation. Je n'ai pas assez d'argent. »

L'accès à l'éducation est également un défi majeur pour les enfants réfugiés qui rentrent au pays. De nombreuses écoles sont endommagées, mal équipées et manquent de personnel. Les enfants eux-mêmes doivent s'adapter à un nouveau programme scolaire, en plus du bouleversement que représente le retour dans un pays que beaucoup n'ont jamais connu.

Omar, le plus jeune fils d'Ibtihal et Abu Abbas, âgé de 14 ans, allait à l'école en Jordanie, mais ne s'est pas encore inscrit depuis son retour en Syrie. Il aide son père dans son travail de carreleur et prévoit de reprendre ses études l'année prochaine.

Ibtihal et son fils cadet Omar, 14 ans, dans le salon de leur maison sinistrée à Cheikh Miskeen, dans le gouvernorat de Deraa en Syrie.

Ibtihal et son fils cadet Omar, 14 ans, dans le salon de leur maison sinistrée à Cheikh Miskeen, dans le gouvernorat de Deraa en Syrie. 

Garder espoir

« Les défis sont nombreux ici. Nous sommes dans une communauté qui a d'énormes besoins... Beaucoup de choses ont été détruites », explique Hiba Shannan, responsable adjointe de la protection au HCR à Deraa. « Les gens reviennent vivre dans des [maisons] sans toit, sans cuisine, sans services adéquats, sans infrastructure appropriée. Nous sommes là pour répondre à leurs besoins et leur venir en aide. Nous essayons de déterminer les priorités en concertation avec l'ensemble de la communauté. »

« Mais il y a [aussi] de la vie », ajoute Hiba. « Je vois dans les yeux des rapatriés qu'ils se disent : nous sommes enfin chez nous, dans notre pays natal. Cela leur donne un espoir qu'ils ne trouveraient nulle part ailleurs. Ils sont prêts à s'installer dans des régions où les services publics font défaut parce qu'ils ont le sentiment d'y être chez eux. »

C'est le cas d'Ibtihal et d'Abu Abbas qui, malgré tous les défis, sont heureux d'être chez eux et envisagent l'avenir avec optimisme.

« Nous gardons espoir », conclut Ibtihal. « Si Dieu le veut, nous vivrons à nouveau dans l'amour et l'amitié, et la vie redeviendra ce qu'elle était. »